Dans mon précédent post, j’établissais un besoin d’interface entre le monde de la recherche académique et de l’entreprise.

Ce besoin est principalement dû au manque d’information et de compréhension des forces, objectifs, et cultures de chaque partie. Pour ceux qui travaillent en entreprise, le chercheur est parfois associé à un professeur tournesol solitaire, qui travaille dans un obscure laboratoire à sa paillasse, qui manque de pragmatisme, et qui ne comprend pas les impératifs économiques de l’entreprise.

Je dois admettre que ceci peut parfois être vrai. Cependant, ce n’est pas le cas de la majorité des chercheurs que je connais, et il me semble important de déconstruire le mythe de la paillasse (surtout pour nous chercheurs qui travaillons sur la ville) qui  a fait son temps. Le chercheur a beaucoup à apporter à l’entreprise, du moment qu’il en comprend les codes (ce qui fera l’objet d’un prochain post).


Crédit : Marvin Meyer

Aussi, entreprises : pourquoi travailler avec des chercheurs ?

Il vous faut tout d’abord comprendre comment un ingénieur, un sociologue, un économiste ou un architecte, décide de se lancer dans l’aventure de la recherche pour obtenir un doctorat.

Il existe de nombreuses raisons, mais j’en retiens surtout trois :

       – un goût prononcé pour la découverte de savoirs encore inconnus et la résolution de problèmes complexes,

       – l’intérêt pour le métier d’enseignant–chercheur,

       – et pour ceux qui ont travaillé plusieurs années avant de commencer un doctorat, une certaine fatigue intellectuelle face à des métiers opérationnels parfois répétitifs dans lesquels ils ne s’épanouissent pas.

Pour ces raisons, le jeune (ou moins jeune) chercheur décide de se lancer dans une quête à l’issue incertaine, j’ai nommé le doctorat.

Et cela est une première indication du haut degré de motivation, de résilience, et de détermination d’un chercheur.

En effet, près de 62% de ceux qui travaillent sur des thématiques en lien avec la ville, et qui dépendent essentiellement des disciplines dites de SHS+, ne seront pas financés. Les ingénieurs (minoritaires) sont cependant mieux lotis. Ce qui veut dire que le chercheur est souvent prêt à travailler gratuitement, pendant 3 ans minimum, en parallèle d’une autre activité professionnelle (car il faut bien payer le loyer), sur un projet qui le passionne. Ne nous leurrons pas cependant, c’est aussi en raison de notre coté masochiste.

Mais pourquoi donc me direz vous se lancer dans une telle quête ? Quel est le Graal au bout du chemin ?

Pour la plupart d’entre nous chercheurs, c’est souvent l’espoir de décrocher un poste de Maître de Conférences, ou de chercheur au CNRS. Mais ne nous leurrons pas encore une fois, les postes sont excessivement rares. A titre d’exemple, il y avait seulement 12 postes de Maîtres de conférence sur toute la France dans la discipline aménagement cette année, et 5 l’an dernier, pour plusieurs centaines de postulants potentiels.

Mais que deviennent donc alors tous ces jeunes docteurs qui n’auront pas le poste tant espéré dans la fonction publique (où par ailleurs, ils seront excessivement mal payés) ?

Et bien, c’est un grand secret que j’expose ici : ils font l’objet du plus grand gâchis de compétences rarement égalé à l’échelle d’un Etat.

Certains partirons à l’étranger (merci la fuite des cerveaux), d’autres deviendront gérants de supermarchés (véridique !), d’autres reviendront à leur ancien poste, qu’ils soient architectes, urbanistes, ou gestionnaire immobilier, sans pour autant que leurs nouvelles compétences durement acquises soient valorisées ou rémunérées. Dans la plupart des cas, leurs compétences en lien avec la recherche seront largement sous exploitées.


Crédit : Nikita Kachanovsky

Et quelles compétences !

Le chercheur dispose de savoirs pointus dans bien des domaines qu’il a acquis au cours de plusieurs années de doctorat. Que ce soit en économie, en géographie urbaine, en simulation énergétique, en morphologie structurale, en prospective, en valorisation foncière, j’en passe et des meilleurs.

C’est l’association de ces connaissances encyclopédiques avec des savoir-faire spécifiques qui peut pourtant apporter un avantage décisif à une entreprise.

Le chercheur est en mesure d’analyser des signaux faibles sur l’évolution d’un marché, de synthétiser et d’organiser un grand nombre de données, d’imaginer des solutions créatives et d’innover. Lorsque celui-ci s’adapte à la culture d’entreprise, il peut en outre proposer des analyses et des solutions originales et pragmatiques à des problèmes complexes. Il peut contribuer à établir des stratégies de développement différenciantes, ou encore d’obtenir des financements et autres avantages fiscaux.

Nous l’avons déjà énoncé, mais le chercheur est également persévérant, travailleur, motivé, curieux, mais aussi perfectionniste. Il est en outre habitué à travailler avec le peu de moyen que lui fourni le secteur public. Le chercheur peut donc faire beaucoup, avec peu.

Aussi, entreprise, comment capitaliser sur tous ces cerveaux sous-exploités que l’Etat forme chaque année ?

Je dirais : n’ayez pas peur d’embaucher un chercheur.

Car un chercheur, c’est avant tout un architecte, un ingénieur, un urbaniste formé à la recherche pendant plusieurs années. C’est donc un super-architecte, un super-ingénieur, ou un super-urbaniste qui pourra aussi bien contribuer à des tâches opérationnelles tout en leur apportant un truc en plus, ce truc que d’autres entreprises concurrentes n’auront pas. Car chaque chercheur dispose de savoirs et de compétences uniques liés à ses propres travaux de recherche originaux.

Vous pourrez également obtenir de nombreux avantages fiscaux en lien avec l’embauche d’un chercheur : dispositifs CIR, ou CIFRE si celui-ci est encore doctorant. Vous aurez accès à des financements européens ou de fondations spécifiques. Car l’Etat français est désespéré de vous faire embaucher tous ces cerveaux qu’il a péniblement formés.

Il vous faudra cependant comprendre d’où votre chercheur vient, quelle est son histoire, quelles sont ses compétences. Il nécessitera sans doute un cadrage, et de connaître très précisément quels sont vos objectifs en lien avec la recherche et la culture de votre entreprise.

Enfin, il vous sera nécessaire d’intégrer que la recherche est une pratique incertaine, et qui prend du temps. Le chercheur n’est pas un consultant de chez MacKinsey (quand bien même vous le souhaiteriez). Il ne vous donnera pas forcément les résultats que vous attendez, dans la temporalité que vous souhaitez. Mais il sera force de proposition pour vous emmener sur des routes que vous n’avez pas envisagées, et ce, pour le bien de l’entreprise. Car la force du chercheur, c’est d’imaginer un futur dans lequel votre entreprise sera à l’avant garde.

Aussi, faite le pari d’embaucher un chercheur. Vous ne le regretterez pas.

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