Après avoir démontré pourquoi il est intéressant pour une entreprise d’embaucher un chercheur dans un précédent article, il convient de s’intéresser à l’autre coté de la médaille. Aussi, pour nous chercheurs, comment s’adapter à l’entreprise qui nous accueillera, on l’espère, les bras ouverts ?

Tout d’abord il faut comprendre ce qu’est une entreprise, et quels sont ses objectifs. Cela paraît plutôt trivial comme question, mais avec le temps, je me suis rendue compte que nous ne le comprenons pas réellement.  D’où le manque d’adaptation chronique et le manque de pragmatisme que nous reprochent continuellement les entreprises.

D’après l’INSEE, une entreprise est « unité économique, juridiquement autonome dont la fonction principale est de produire des biens ou des services pour le marché ».

L’entreprise a par ailleurs trois logiques financières : rentabiliser son argent (c’est à dire faire du profit), le protéger, ou le rembourser dans le cas où elle aurait contracté des emprunts. Sans un certains équilibre entre ces logiques, pas de survie de l’entreprise, et pas de production de biens et de services. Or, c’est cette production qui lui permet de répondre aux besoins de la société, et donc d’un marché.

Retenez donc bien ceci :

Si l’entreprise ne peut clairement établir le besoin d’un marché, alors il lui sera difficile de produire des biens ou des services adéquats pour la société, et ainsi  d’être rentable.

Mais l’inverse est aussi vraie : si elle répond à un besoin de la société existant, mais que cette réponse ne lui permet pas d’être rentable, alors l’entreprise ne peut survivre et répondre in fine a ce besoin.

En quoi ceci est important pour nous chercheurs ?

Et bien, parce que la recherche n’entre pas facilement dans ce schéma.

La recherche et l’innovation, pour une entreprise, sont des risques, qui souvent ne répondent pas à des besoins immédiats, mais contribuent (rarement) à en créer.  Celle-ci doit investir de l’argent, du temps et autres ressources conséquentes sans être certaine que ce qui sortira de nos recherches lui permettra d’avoir un retour sur investissement, et donc d’être rentable.

Certaines entreprises, qui disposent du capital nécessaire, peuvent se permettre d’investir dans la R&D. Pour d’autres, cela fait parti de leur culture d’entreprise (c’est le cas des startups notamment). Elle font le pari que le fruit de cet investissement leur permettra de prendre de l’avance sur leurs concurrents, de ne pas se laisser distancer, ou encore d’anticiper sur les besoins d’une société en constante évolution.

Cependant, ce n’est pas le cas de toutes les entreprises qui ne voient pas forcément cet investissement d’un très bon œil.

Comprendre cette dynamique est essentiel pour s’adapter à l’entreprise et comprendre ces besoins.

En tant que chercheur, nous savons que faire des recherches, c’est avancer dans un brouillard dont la visibilité est inférieure à 5 mètres. Et qu’il est difficile de savoir à l’avance quand on va en sortir.


Crédit James Audry

Aussi il est important de rassurer l’entreprise sur ces aspects, et trouver certains équilibres. Par exemple :

– établir des objectifs de recherche précis, sans pour autant assurer l’entreprise que vous lui transmettrez les résultats qu’elle escompte (car la recherche peut parfois apporter des surprises).

– établir une temporalité de projet réaliste, tout en estimant une bonne marge d’erreur pour anticiper sur les délais inhérents à tout travail de recherche, et être pédagogue avec l’entreprise sur ce point. Cependant, vous n’êtes plus en thèse, et vous ne travaillez plus pour le secteur public. Donc, vous devrez sans doute produire plus rapidement, et être plus organisé dans la temporalité de vos rendus (just saying).

– s’assurer de la viabilité économique d’un projet de recherche, en calculant son éventuel retour sur investissement, tout en considérant la part de risque associé à l’échec potentiel de vos travaux (car cela arrive).

– être le plus pragmatique possible et accessible dans le discours relatif à vos recherches. N’oubliez pas que vos interlocuteurs (qui disposent du capital pour financer vos recherches) n’ont pas souvent un doctorat. Là encore, il faut demeurer assez pointu et précis, sans pour autant être cryptique.

Ceci sont des équilibres difficiles à trouver, j’en conviens. Je viens de réaliser que chacun de ces points pourrait faire l’objet d’un post. Je vais y réfléchir.

Autre point : pour ceux d’entre vous qui ne sont pas ingénieurs, ou qui ne travaillent pas dans des disciplines associées aux sciences naturelles qui font appel à la paillasse, c’est à dire les disciplines associées aux SHS+, il va falloir faire preuve de détermination et de pédagogie.

Dans l’esprit de beaucoup d’entreprises (et de certains experts du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), la recherche en sciences sociales est souvent associée à du consulting dans le monde opérationnel.

Vous allez donc être en compétition avec les consultants de MacKinsey, d’EY, ou du BCG (dont certains ont un PhD) qui seront plus rapides, plus opérationnels et qui auront une logique économique bien mieux établie. Là ou votre recherche durera 2 ans, et aura un résultat incertain, les consultants de MacKinsey pourront produire un rapport sur l’innovation pétri de certitudes, en 2 ou 3 mois, permettant à l’entreprise de potentiellement maximiser ses profits. Et ça, c’est rassurant pour une entreprise.

Mais là encore, je pense que ce sujet mérite un article à lui tout seul.

Le tout est donc de bien être conscient des objectifs de l’entreprise, de savoir faire preuve d’équilibre entre les besoins de cette dernière et les impondérables de la recherche, et d’assumer son statut de chercheur qui n’est pas celui d’un consultant (mais nous y reviendrons).

Dans tous les cas, s’adapter à l’entreprise lorsque l’on est chercheur, c’est possible.

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