Chers lecteurs, chères lectrices,

J’écris ce post dans un moment de solitude, de déprime et de doute. D’habitude, l’écriture de ce blog tous les premiers mardis du mois me met en joie, et je ressens toujours un regain d’énergie qui me donne foi dans l’avenir.

Mais là, j’ai une grosse, grosse flemme. Écrire ces mots me demande un gros effort. J’ai envie d’aller retrouver le fond de mon lit et de faire ma grognonne en solitaire. La vie est ainsi faite, on ne peut pas toujours être à fond, dans la joie et la bonne humeur. 

Quand bien même on apprécie son statut d’indépendant.

C’est pourquoi cet article va être le reflet de mon mood du moment, et parler essentiellement des difficultés et défis inhérents à l’enseignant-chercheur indépendant.

Parce qu’il y en a des difficultés. Et plus d’une.

Être indépendant, c’est d’abord faire face à un coût d’entrée. Se faire un réseau, aller chercher des clients, se former, et débuter une activité demande de gros efforts et du temps. Il ne s’agit pas de se dire : ah ! demain je vais monter une auto-entreprise et hop, par ici les sous ! Non. Il s’agit de se dire : je vais devoir me retrousser les manches, me bouger mes petites (ou mes grosses) fesses, et travailler gratuitement avant d’avoir enfin la gratification tant attendue et méritée. 

Être indépendant, ça demande donc beaucoup d’énergie.

Et cela implique également une certaine instabilité professionnelle. Oubliez les horaires de bureaux. Oubliez le salaire fixe qui tombe tous les mois, et dite bonjour au variable et à l’aléatoire.

Je ne dis pas que ça à son charme, de pouvoir se dire qu’on ne fait pas toujours la même chose et qu’on puisse se prendre un jour de congé quand on le désire. Mais le 9h-17h a aussi ses avantages. Quand on a fini le boulot pour la journée, finito. Et si vous avez une famille, et surtout des enfants, il est plus simple de pouvoir gérer sa vie avec des horaires fixes et une certaine routine.

Et puis si vous n’avez pas de salaire fixe, ou un sacro-saint CDI, difficile de faire certains projets. Les banquiers n’aiment pas accorder des prêts immobiliers à des gens qui ne sont pas stables financièrement, surtout s’ils sont célibataires. Alors que sérieux, de nos jours, qui reste dans le même boulot toute sa vie en CDI ???

Autre désavantage : on ne peut pas se plaindre contre son patron. Vous savez, celui qu’on adore critiquer parce qu’il devrait manager autrement. Et bien là, le patron c’est vous. Donc si vous ne faite de l’excellent travail, et bien vous ne pouvez-vous en prendre qu’à vous-même. L’autre avantage du patron, c’est qu’il vous dit quoi faire. Mais si vous êtes indépendant, personne ne viendra vous orienter et vous dire sur quoi travailler, et comment, et en combien de temps. A vous de décider comment organiser votre temps, d’établir des stratégies, de décider du niveau de qualité du travail que vous allez produire. Et ça, c’est une vraie prise de tête (pas si différente de celle relative à une thèse de doctorat d’ailleurs).

Et puis il y a la prise de risque. Être indépendant, c’est risquer de perdre des plumes, c’est se dire qu’il y a une forte probabilité d’échouer. C’est aussi réfléchir à comment retomber sur ses pieds en cas de problème, financièrement, mais aussi psychologiquement.

Être indépendant, ce n’est sans doute pas possible et désirable pour tout le monde. Et heureusement d’ailleurs que chacun trouve son compte dans différents types de statuts.

Il y a des jours où je me demande si je ne devrais pas tout lâcher. Dire merde à la recherche, l’enseignement et à l’auto-entreprise, et prendre un poste chez Bouygues ou Vinci, avoir un gros salaire, et faire la même tâche répétitive pendant un temps. Rentrer chez moi, me dire que j’ai fini ma journée, et passer à autre chose. 

Mais comme je suis masochiste, et que j’adore quand même ce que je fais, je continue sur la même voie.

Ma mère aurait tendance à dire ici : « Écoute Claire, tu as fait ce choix, donc maintenant il faut arrêter de se plaindre ou alors changer de voie. »

Peut-être. Mais n’y a-t-il pas des salariés en CDI qui se plaignent également (de leur patron, entre autres) ?

Et le fait de se plaindre n’est-il pas un sport national ?

Enfin bref, j’en ai fini avec ma diatribe. Promis, mon prochain billet sera un tantinet plus optimiste.