Chers lecteurs et lectrices, je me suis rendue compte après un an et demi d’existence, que le deuxième article le plus lu de mon blog concernait les règles d’autorisation de cumul pour les enseignants-chercheurs (lu plus de 500 fois tout de même, alors que je suis une inconnue au bataillon).

J’étais sur les fesses. Je suis alors allée taper « autorisation de cumul chercheur » sur Google, et, surprise, mon site arrivait en seconde position après le site de Galaxie.

What ?

Et moi qui me sentait jugée par mes pairs du fait de mon activité, voilà donc que ces mêmes pairs viennent me lire pour apprendre à faire de même.

What ?!

Mais quelle hypocrisie !

C’est suite à ces observations, et à quelques conversations avec des amis sur le sujet, que j’ai décidé d’écrire ce billet sur la conciliation (ou non) entre activité d’enseignant-chercheur fonctionnaire et activité d’enseignant-chercheur indépendant.

1. L’enseignant chercheur à 100% indépendant

Il est bien entendu possible d’envisager 100% de son activité professionnelle en tant qu’enseignant-chercheur indépendant. Un de mes amis loups (voir mon post sur mes complices indépendants) a même sauté le pas. Et il en est apparemment très content. La plupart de son activité concerne la réalisation de missions d’expertise dans son domaine de recherche, mais il fait également un peu de recherche et de la formation pro.

Et il gagne très bien sa vie.

Cependant, passer 100% indépendant ne se fait pas du jour au lendemain. Cela nécessite avant tout d’avoir un peu de réseau et quelques connaissances sur la gestion d’une entreprise (mais rien de très compliqué pour les lecteurs et lectrices qui ont lu mes précédents articles de blog).  Cela nécessite également d’avoir un certain volume de clients qui permet de vivre confortablement. Et il faut en général un peu de temps au début pour se faire connaître, et atteindre ce volume.

C’est l’un des inconvénients du statut d’indépendant. Mais j’en reparlerai prochainement.

Par conséquent, être à 100% indépendant, ça se réfléchit, ça se planifie, et ça prend du temps.

Ce qui fait un peu peur au début j’en conviens, surtout lorsque l’on n’a pas les connaissances appropriées. Et puis peut-être que vous aimez le salariat, et que vous n’avez pas forcément envie de tout lâcher du jour au lendemain.

C’est pour ça qu’une période de transition peut s’avérer une bonne solution. Ou peut-être que cette période de transition peut s’étirer ad vitam si vous voulez juste avoir une activité d’indépendant complémentaire à votre (très) maigre salaire de post doc ou de maître de conf.

Mais là encore ça se réfléchit.

2. L’enseignant chercheur indépendant à mi-temps (ou tiers-temps, ou n’importe quelle fraction de temps de votre choix)

Je me trouve personnellement dans ce cas.  A l’heure où j’écris ces lignes, je dispose d’un CDD renouvelable à l’École Spéciale d’Architecture, et de deux clients que je gère avec mon autoentreprise. 

J’aime l’idée d’avoir un salaire (même faible) qui tombe tous les mois et qui constitue ma baseline, combiné avec une activité entrepreneuriale qui m’assure des revenus beaucoup plus importants mais moins réguliers.

C’est dans ma personnalité. Aventurière, mais pas trop.

En plus, les disciplines inhérentes à l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement, le paysage et l’immobilier se prête parfaitement à la recherche indépendante. C’est également le cas d’autres disciplines qui ont un pied directement dans l’opérationnel.

Cependant, j’ai appris, à mes propres dépens, qu’il est parfois difficile de tout concilier, et que la gestion du temps (encore le temps !) c’est le nerf de la guerre.

La chose à ne pas faire (et que j’ai faite) : associer un temps plein d’équivalent PRAG avec un temps plein de présidente d’entreprise avec des salariés.

Guess what, ça ne marche pas.

Combiner un temps plein de MCF avec une journée d’expertise ou de formation pro de-ci de-là en indépendant, c’est possible. D’ailleurs, c’est sans doute pour cela que mon article de blog sur l’autorisation de cumul est si populaire ! Personnellement, dans ce cas, je recommanderais d’assurer au maximum 1 jour par semaine d’activité indépendante durant la période des cours, et un peu plus hors période d’enseignement.

En tout cas, c’est ce que je fais, et j’ai toujours assuré un plus grand nombre d’heures d’enseignement qu’un MCF….

Mais combiner un temps plein de MCF avec un temps plein de recherche ou de formation en indépendant c’est beaucoup, beaucoup plus difficile, même si c’est très lucratif.  

Remarque, apparemment il y en a qui le font sur leur propre temps de recherche publique (oui, j’en connais, et pas qu’un seul). 

Soit. Je ne leur lance absolument pas la pierre. 

Il faut savoir que la mise en place d’une double activité de fonctionnaire/indépendant dépend également des disciplines, et des universités et des écoles qui peuvent avoir des exigences de publication. 

Comme mon activité à l’École Spéciale d’Architecture n’inclut pas d’exigence de recherche, je suis libre d’allouer mon temps hors des cours comme je le souhaite. Et comme j’aime faire de la recherche, je continue de publier régulièrement, sans me mettre la pression. Mais j’ai un autre collègue qui a également cette double casquette et qui enseigne dans des écoles de commerce qui ont ces exigences. Il n’a donc pas le même degré de liberté que moi.

On pourrait pourtant se dire que les profs titulaires en école de commerce ont tous un business sur le côté. Mais non, c’est un cliché. Ils croulent sous de l’administratif comme tout le monde.

3. Concilier, n’est-ce pas manger à tous les râteliers ?

Là, j’ai envie de dire : So what ?

Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à augmenter ses revenus du moment que l’activité d’indépendant ne mette pas en danger la santé de l’enseignant-chercheur (le burn out, merci mais non merci !), et la qualité des recherches et des enseignements assurés auprès des étudiants.

Chacun voit midi à sa porte. Alors arrêtons l’hypocrisie et le jugement permanent. Pour en avoir fait l’objet, c’est vraiment pénible.

Si votre truc c’est de publier dans des revues scientifiques de rang 1, et de bosser 50h par semaine pour y arriver, c’est cool.

Si votre truc c’est de vous éclater à donner des cours, que publier dans des revues de rang 4 vous suffit, et que vous avez envie de gagner quelques centaines/milliers d’euros par mois supplémentaires avec une activité d’indépendant, c’est cool aussi.

Chaque cas est particulier.

Mais franchement, lorsque l’on vient lire près de 500 fois mon pauvre article de blog pour savoir comment être autorisé à cumuler ses activités, je pense qu’il est bien malvenu de me juger, et de juger mes semblables indépendants par la même occasion.